Tragédie dans les abris anti-aériens d’Eibar
Nous nous trouvons dans la rue qui communique Alfa, une entreprise pionnière du coopérativisme comme expérience d’autogestion ouvrière depuis 1920, avec la place Unzaga où est située la mairie, symbole de la proclamation de la II République en Espagne. Après la guerre, l’entreprise fut réquisitionnée et passa aux mains de la dictature. Alfa, qui à ses origines fabriquait des armes à feu puis se rendit célèbre entre autres pour ses machines à coudre, existe toujours, avec un modèle de gestion adapté au XXIe siècle.
Alfa fut aussi la scène de plusieurs des événements les plus importants survenus durant la République et l’après-guerre. Ainsi, bon nombre de ses ouvriers jouèrent un rôle décisif dans la proclamation de la République en 1931. En octobre 1934, l’entreprise fut une des bases opérationnelles des dirigeants de la révolution tandis qu’en 1936, ses salariés, pour la plupart socialistes, appuyèrent la République contre les insurgés militaires.
Après la chute de la province de Guipúzcoa, excepté Elgeta et Eibar, le front s’installa à Eibar pendant sept mois, entre septembre 1936 et avril 1937 ; durant cette période et même avant, la ville subit quinze bombardements aériens, le premier le 29 août 1936, en plus des salves de canon qu’elle recevait tous les jours depuis les monts environnants et les localités proches. C’est pourquoi le Commissariat à la Guerre aménagea seize abris anti-aériens en se servant tout spécialement des tunnels ferroviaires et des galeries sous les zones urbanisées recouvrant la rivière Ego.
Avis du Commissariat à la Guerre d’Eibar après le premier bombardement de la ville, le 29 août 1936. © Conseil Territorial de Guipúzcoa. Bibliothèque Koldo Mitxelena. Fonds Urquijo.
Les attaques à la ville furent constantes jusqu’au 26 avril 1937 mais la pire fut sans doute l’assaut final des 24 et 25 avril 1937 perpétré par l’aviation légionnaire italienne de Mussolini, sous le commandement de la Luftwaffe allemande d’Hitler.
Le rapport de l’activité aérienne italienne daté du 25 avril 1937 à Salamanque mentionne que sept appareils Savoia-Marchetti S.M. 81 bombardent la route qui relie Eibar à Ermua depuis 14 h 00. Durant cette mission, 21 bombes de 100 kg et 103 de 50 kg furent lancées, soit au total plus de sept tonnes.
Rapport d’activité de l’aviation légionnaire italienne du 25 avril 1937. © Ministère de la Défense. Archives Historiques de l’Armée de l’Air. Villaviciosa de Odón (Madrid).

Une bombe à retardement fut lâchée sur l’abri nº 14 d’Ego gain à 18 h 00. Plusieurs des victimes moururent des effets de l’explosion et d’autres furent asphyxiées à cause du manque d’oxygène. Selon un rapport du Gouvernement Basque, on dénombra 74 morts et 97 blessés comme conséquence de ces deux jours de bombardement à Eibar.
Bombardement par l’escadrille de Savoia-Marchetti S.M. 81 « Pipistrello ».
Nous nous rendons maintenant à la place Unzaga, symbole du libéralisme d’Eibar et premier endroit de toute l’Espagne où fut proclamée la II République en 1931.
Image principale :
Cratère provoqué par l’explosion d’une bombe dans l’abri de Labadorekua le 25 avril 1937. © Archives du Conseil Territorial de Guipúzcoa. Collection Indalecio Ojanguren.
© Eibarko Udala 2026