Front de la Guerre Civile. Secteur d’Eibar.

L’importance de l’industrie armurière d’Eibar et sa transformation

L’importance de l’industrie armurière d’Eibar et sa transformation
Paseo Urkizu. Jardins face au parc d’Urkizu.

La partie basse de la ville se caractérisait par la présence, aux alentours d’Urkizu, de plusieurs des entreprises symboliques d’Eibar ; citons-en trois, qui commenceront par fabriquer des armes puis orienteront leur marché aux bicyclettes durant de nombreuses années : GAC, BH et Orbea. À l’endroit où nous sommes se trouvait l’entreprise Orbea, fondée en 1840 pour fabriquer des armes et qui fut le « porte-étendard » de l’industrie d’Eibar, véritable référence pour l’introduction de progrès technologiques et pour l’abandon de la production d’armes en faveur d’autres secteurs. L’entreprise s’établit dès 1906 dans ce quartier d’Urkizu et s’agrandit en 1910 et 1916.

Le krach mondial qui éclata à New York en 1929 eut aussi de graves conséquences pour Eibar. Les difficultés pour vendre ses armes dans le monde depuis la fin de la I Guerre Mondiale, en 1918, ne cessaient de croître, obligeant entre autres plusieurs entreprises à diversifier leur production pour tenter de juguler la crise et ne pas dépendre exclusivement de la fabrication d’armes à feu.

Plaque avec l’anagramme d’Orbea quand elle était manufacture d’armes.
L’entreprise Beistegui Hermanos, située dans le parc d’Urkusua. © Archives Municipales d’Eibar.

Ainsi, beaucoup d’entreprises prirent le risque d’élaborer d’autres produits tout en maintenant leur présence dans le secteur des armes à feu. Ce fut le cas d’Alfa, qui commença à fabriquer des machines à coudre dès 1925, et de Beistegui Hermanos, Orbea ou Gac, qui se tournèrent vers les bicyclettes à partir de 1923, 1926 et 1927 respectivement. L’incursion des entreprises d’Eibar dans l’univers des bicyclettes s’explique à cause de la similitude de production et de traitement entre le mécanisme des fusils, centré principalement sur le canon, et le cadre des vélos, formé de trois tubes perforés à l’intérieur et soudés entre eux. La haute participation des femmes serait décisive dans les industries d’Eibar avant et après la guerre.

Eibar-1944-Fabricación de bicicletas-NODO

Eibar-1948-Fabricación de bicicletas y prueba ciclista-NODO

À la veille de la Guerre civile, Orbea, qui fabriquait des presses, des tours parallèles, des fraiseuses, des perceuses, des fileteuses… commença à fabriquer aussi des bicyclettes. Quand le conflit éclata, des volontaires d’Eibar se rendirent à Soraluze pour se fournir en canons et armes diverses auprès de la Manufacture Royale d’Armes, et Orbea organisa un système de fabrication de chars blindés pour faire face aux insurgés. En réalité, ce qu’on appelait pompeusement des «chars blindés » étaient des camions recouverts de plaques de tôle métallique.

Char blindé fabriqué par Orbea pour le front de Markina. © Archives du Nationalisme Basque. Fondation Sabino Arana.

Par ailleurs, des défenseurs de la République affluaient à Eibar depuis les quatre coins du Pays basque espagnol pour obtenir des armes. Un décret d’octobre 1936 régularisa la propriété des entreprises et le transfert des machines vers des sites éloignés du front pour leur utilisation dans l’industrie de la guerre. Avec elles, de nombreux habitants de la ville furent évacués à Deusto (Industrias de Guerra Guipuzcoanas), Buñol ou Alberique pour y travailler.  

Une fois la guerre terminée, Orbea comptait 1.000 salariés et produisait 50.000 bicyclettes par an. Une étape d’expansion commença, mais en 1969, alors qu’elle atteignait les 1.500 salariés, une forte crise la frappa. La coopérative Orbea, qui se constitue comme alternative de gestion, serait incorporée au groupe Mondragón Corporación Cooperativa (MCC) en 1971. En 1975, Orbea abandonna les terrains d’Eibar pour son nouveau siège situé à Mallabia. C’est aujourd’hui une entreprise pionnière dans la fabrication de bicyclettes, présente dans plusieurs endroits du monde.

Nous nous dirigerons vers Errebal pour connaître les principaux objectifs des quinze bombardements que subit Eibar pendant la guerre.

Image principale :
Vue générale d’Eibar vers 1914. Dans la partie basse, on observe les bâtiments d’Orbea. © Archives Municipales d’Eibar. Auteur : Indalecio Ojanguren.

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